Procès Bambu Lab : 27,6 millions de dollars à verser à Stratasys, mais un verdict déjà fragilisé

Bambu Lab a été condamné le jeudi 17 septembre 2026 par un jury fédéral du Texas à verser 27,6 millions de dollars à Stratasys pour contrefaçon délibérée de quatre brevets, mais aucune interdiction de vente n’a été prononcée : les imprimantes X1, P1 et A1 restent en vente, en France comme aux États-Unis. Le dossier n’est pourtant pas figé. Le mercredi 30 septembre, le média juridique américain Law360 a révélé que l’office américain des brevets venait d’invalider une partie des brevets qui fondent ce verdict.

En bref

  • Verdict du 17 septembre 2026, jugement signé le 18 septembre par le juge Rodney Gilstrap (tribunal fédéral du district Est du Texas, division de Marshall).
  • 27,6 M$ de dommages et intérêts au titre de ventes passées, sans majoration malgré la contrefaçon jugée « délibérée ».
  • Aucune interdiction de vente : pas de rappel, pas de mise à jour imposée aux machines déjà achetées.
  • Le PTAB (Patent Trial and Appeal Board, la chambre de recours de l’office américain des brevets) a invalidé l’essentiel des revendications contestées sur les deux brevets de détection de force, qui pèsent 2,8 M$ dans le verdict.

Les chiffres clés du verdict

Brevet américainTechnologieMontantPériode couverte
US 9,421,713 (revendications 1 et 6)Tour de purge en impression multimatériau14,2 M$depuis le 31 mai 2022
US 7,555,357 (revendication 8)Méthode de dépôt par extrusion couche par couche10,6 M$depuis le 31 mai 2022
US 9,168,698 et US 10,556,381Détection de la force appliquée sur le plateau (nivellement)2,8 M$ (ensemble)depuis le 20 septembre 2023
Total27,6 M$+ intérêts

La seule tour de purge, ce petit bloc imprimé à côté de la pièce pour évacuer l’ancien filament lors d’un changement de couleur, représente à elle seule 51 % de la somme. À l’inverse, les deux brevets de détection de force, aujourd’hui fragilisés, n’en pèsent qu’environ 10 %.

Ce que dit exactement le jugement

Le procès s’est ouvert le vendredi 11 septembre 2026 devant le juge Rodney Gilstrap, à Marshall (Texas). Le jury a rendu un verdict unanime le jeudi 17 septembre. Il retient que les cinq sociétés du groupe (Shenzhen Tuozhu Technology, Shanghai Lunkuo Technology, BambuLab Limited, BambuLab USA et Tuozhu Technology Limited) ont contrefait six revendications de quatre brevets, et que aucune de ces revendications n’est invalide.

Le jugement signé le lendemain apporte trois précisions qui comptent :

  • Les sommes sont accordées sous forme de redevance raisonnable (« running royalty »), c’est-à-dire une indemnité calculée sur les machines déjà vendues.
  • La contrefaçon est jugée délibérée. La loi américaine (35 U.S.C. § 284) permet alors de multiplier les dommages jusqu’à trois fois, mais le juge écrit qu’« aucune majoration des dommages liée au caractère délibéré n’est justifiée » et rejette la demande de Stratasys.
  • Toutes les autres demandes non traitées dans le jugement sont rejetées. Le texte n’ordonne aucune interdiction de vente, ce que confirment VoxelMatters et TCT Magazine.

Les brevets visés concernent des imprimantes des gammes X1, P1 et A1. La date de départ plus tardive retenue pour les brevets de détection de force (20 septembre 2023) laisse penser qu’ils visent surtout les modèles les plus récents de la gamme A1.

Le rebondissement du 30 septembre : le PTAB invalide deux brevets

Douze jours après le jugement, Law360 a rapporté que le PTAB avait jugé évidentes, donc non brevetables, la quasi-totalité des revendications contestées par Bambu Lab dans trois brevets de Stratasys. Deux d’entre eux sont justement les brevets de détection de force US 9,168,698 et US 10,556,381, à l’origine des 2,8 M$. Le troisième brevet concerné ne faisait pas partie du premier procès.

La procédure en cause est l’IPR (inter partes review, une révision contradictoire de la validité d’un brevet), que Bambu Lab avait lancée en parallèle du procès. La décision du PTAB ne modifie pas automatiquement le jugement du Texas : Stratasys peut faire appel devant la Cour d’appel du circuit fédéral, et c’est cette juridiction qui tranchera en dernier ressort. En revanche, elle donne un argument de poids à Bambu Lab pour faire réduire l’addition.

Le reste du tableau est moins favorable au fabricant chinois. Le PTAB avait confirmé la validité du brevet sur la tour de purge (US 9,421,713), le plus lourd du dossier, et Bambu Lab a fait appel de cette décision devant le circuit fédéral. Deux autres brevets de Stratasys, US 9,592,660 (plateau chauffant) et US 8,562,324 (impression en réseau), avaient déjà été jugés non brevetables par le PTAB ; ils n’étaient pas au programme du procès.

« We appreciate the time and effort of the jury in considering this matter. While we respect the judicial process, we disagree with the verdict reached in this case. The law provides Bambu with the right to seek post-trial review and to appeal, and Bambu intends to avail itself of these legal processes. »

« Nous remercions le jury pour le temps et les efforts consacrés à cette affaire. Tout en respectant la procédure judiciaire, nous sommes en désaccord avec le verdict. La loi donne à Bambu le droit de demander un réexamen après le procès et de faire appel, et Bambu entend exercer ces recours. » Communiqué de Bambu Lab cité par TCT Magazine et 3D Printing Industry.

Et en France, qu’est-ce que ça change ?

Pour un acheteur ou un utilisateur français, rien de concret à court terme. Un jugement américain ne s’applique qu’aux États-Unis, et il ne prévoit ni rappel ni désactivation de fonctions. Le 2 octobre 2026, l’A1 mini, l’A1 et la P1S sont toujours au catalogue de la boutique européenne officielle de Bambu Lab, en version française.

Stratasys a d’ailleurs déjà tenté sa chance en Europe, sans succès. Le vendredi 24 avril 2026, la division locale de La Haye de la JUB (juridiction unifiée du brevet) a rejeté sa demande de mesures provisoires contre la Bambu Lab H2C, fondée sur le brevet européen EP 2 964 450 (affaire UPC-CFI-305/2026). Les juges ont lu l’expression « couche par couche » de façon étroite, en s’appuyant sur une déclaration faite par Stratasys elle-même à l’office des brevets en 2017. Une action en nullité de ce brevet, engagée par Bambu Lab devant la division locale de Paris, est toujours en cours.

Si vous hésitez entre plusieurs modèles, ce procès n’est donc pas un critère d’achat. Nos fiches restent à jour : le guide complet de la Bambu Lab A1 mini et notre test de la H2C en combo AMS, la machine visée par la procédure européenne.

Pourquoi Stratasys attaque maintenant

Stratasys n’est pas un nouveau venu : l’entreprise américaine est à l’origine du FDM (fused deposition modeling, le dépôt de fil fondu), la technologie utilisée par presque toutes les imprimantes 3D grand public, imaginée en 1988 par son cofondateur Scott Crump. Son cœur de métier reste l’impression industrielle. Bambu Lab, fondé en 2020 à Shenzhen, a conquis en quelques années le marché des machines rapides et multicolores vendues quelques centaines d’euros, en s’appuyant justement sur des tours de purge et un nivellement automatique.

La plainte a été déposée le jeudi 8 août 2024. Stratasys avait d’abord invoqué dix brevets répartis en deux affaires. Le premier procès n’en a retenu que quatre. Le second dossier, qui porte notamment sur l’impression en réseau, n’a pas encore de date de procès, selon Stratasys elle-même.

Questions fréquentes

Ma Bambu Lab va-t-elle perdre des fonctions à cause du procès ?

Non. Le jugement du 18 septembre 2026 accorde uniquement des dommages et intérêts pour des ventes passées. Il n’ordonne ni interdiction de vente, ni rappel, ni modification des imprimantes déjà vendues, et il ne s’applique qu’aux États-Unis.

Bambu Lab va-t-il vraiment payer 27,6 millions de dollars ?

Pas tout de suite. Bambu Lab a annoncé des recours après le procès puis un appel. Le PTAB a en outre invalidé les brevets de détection de force, qui représentent 2,8 M$. Le montant final dépendra de la Cour d’appel du circuit fédéral.

Peut-on encore acheter une Bambu Lab en France ?

Oui. Les modèles A1 mini, A1 et P1S restent au catalogue de la boutique européenne officielle. En Europe, la juridiction unifiée du brevet a rejeté le 24 avril 2026 la demande de mesures provisoires de Stratasys contre la H2C.

À retenir

  • Bambu Lab doit 27,6 M$ à Stratasys selon le jugement du 18 septembre 2026, mais aucune machine n’est interdite.
  • Le brevet sur la tour de purge (14,2 M$) reste le cœur du dossier ; sa validité a été confirmée par le PTAB, et Bambu Lab a fait appel.
  • Les brevets de détection de force (2,8 M$) viennent d’être invalidés par le PTAB : la somme pourrait baisser.
  • En France, rien ne change pour les utilisateurs. En Europe, Stratasys a perdu sa première manche devant la JUB en avril.

Sources : verdict du jury (dossier 2:24-cv-00644, pièce 456) · jugement du 18 septembre 2026 (pièce 463) · Law360 · TCT Magazine · 3D Printing Industry · VoxelMatters · 3DPrint.com

Lucas Martin

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